Un chantier titanesque

Longue de 12 km avec deux fois trois voies de circulation, la Nouvelle Route du Littoral, entre Saint-Denis de la Réunion et La Possession, est l’un des chantiers d’infrastructure routière les plus importants d’Europe. Prévue pour une mise en service en 2020, cette liaison va remplacer l’ancienne route à flanc de falaise, régulièrement soumise aux éboulements et submersions marines.

Cet axe stratégique, qui relie la principale métropole de l’île au port de commerce, supportera un trafic de plus de 60 000 véhicules par jour, avec une voie réservée aux transports en commun, par bus ou tramway. « Construite entre 12 et 30 mètres au-dessus de la mer et à 100 mètres du littoral, la nouvelle route comportera le plus long viaduc marin de France et quatre tronçons de digues, explique Stéphane Magné, directeur technique du marché digues et échangeur. L’ouvrage, conçu pour une durée de 100 ans, devra résister à la houle cyclonique centennale, à la pluie, au vent et à l’érosion marine. »

 

Plus de 800 000 m3 de béton

Au total, 550 000 m3 de béton seront nécessaires pour la réalisation des digues en parties immergées et 315 000 m3, pour le viaduc. Ce dernier, soutenu par 48 piles en mer, comportera plus de 1 500 voussoirs préfabriqués sur l’île pour l’assemblage des tabliers. « La digue, surmontée d’un mur chasse-mer de 13 mètres de haut, sera une structure en enrochements recouverts par une carapace de blocs béton », précise Stéphane Magné. Plus de 36 000 blocs à 6 bras, destinés à dissiper l’énergie de la houle, seront ainsi fabriqués sur place avec des bétons spécialement adaptés. Les usines de préfabrication et centrales à béton tournent déjà à pleine cadence pour fournir les différents éléments structurels de la route.

 

Un béton conçu pour durer

Afin de respecter les critères de performance et de durabilité des bétons des digues et du viaduc, des études préalables ont été menées. La principale contrainte était de respecter la durée de 100 ans imposée par le cahier des charges, compte tenu de la spécificité des granulats locaux, issus de roche volcanique. « Les groupements des constructeurs (1) ont fait appel au CERIB (2) pour réaliser des modélisations de durabilité et préciser l’influence des caractéristiques du béton sur la porosité et le risque de corrosion des armatures », indique Pierrick Dupuy, responsable du contrôle qualité.

Le laboratoire, installé sur place, a ainsi œuvré à la recherche de solutions permettant d’optimiser les formulations du béton : saturation préalable des granulats pour réduire leur porosité, addition de fumée de silice pour augmenter la compacité du béton, réfrigération de l’eau à 4°C pour prévenir les risques de fissuration.

 

(1) Groupements des constructeurs pour le viaduc (VINCI Construction Grands Projets, Dodin Campenon Bernard, Bouygues Travaux Publics et Demathieu & Bard) et pour les digues (GTOI, filiale réunionnaise de Colas, SBTPC, filiale réunionnaise de VINCI Construction, et VINCI Construction Terrassement).

(2) Centre d’Etudes et de Recherches de l’Industrie du Béton.

 


Par Éric Gautier, le 07/07/2016.