béton et éclairage public

Le béton réfléchit… mais comment en profiter ?

Plus il est clair, plus le béton réfléchit la lumière. Un pouvoir qui permet d’amplifier la réflexion de sources lumineuses pour éclairer à moindre coût. C’est cet objectif qu’a voulu atteindre l’Agence foncière et technique de la région parisienne (AFTRP) (1), lors de l’aménagement de la zone d’activité économique des Cettons II, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines).
« En 2009, nous avons commencé à réfléchir à la façon dont les chaussées en béton pouvaient réduire les dépenses d’éclairage », explique Frédéric Batista, responsable technique de cette structure. Cette approche est d’autant plus inédite que les professionnels de la route et de l’éclairage n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.

Du principe à la réalité

Frédérico Batista se tourne alors vers le groupe de travail Revêtement et Lumière (voir encadré), la seule structure qui réunisse des professionnels de ces deux domaines. Les échanges l’amènent à entamer une démarche originale. Fin 2009, il décide de confier à un laboratoire l’analyse photométrique de quatre échantillons du béton revêtant les chaussées de la ZAC.
« Le béton avait une clarté deux fois plus importante que le standard R1, qui établit la performance moyenne de ce type de revêtement », raconte Frédéric Batista. Un résultat surprenant quand on sait que ce matériau incorpore 40 % de fraisats d’enrobé (2)… totalement noirs.

 

Un appel d’offres original…

Pour affiner son analyse, l’AFTRP s’inspire aussi de la norme NF EN 13201, qui précise quel type d’éclairage convient à quelle catégorie de voie (circulée, piétonne, etc.). « C’est utile pour éviter le sur-éclairage, encore trop fréquent », rappelle Frédérico Batista. Et c’est à partir de cette approche qu’un appel d’offres est lancé. « Nous voulions des engagements précis sur les futurs niveaux d’éclairage et de consommation, basés sur les caractéristiques réelles du revêtement de nos chaussées, et non pas un devis calculé sur le nombre de points lumineux ou sur la hauteur des mâts », précise Frédérico Batista. Les entreprises spécialisées dans l’éclairage se montrent de prime abord déroutées par le canevas de l’appel d’offres. Au point qu’il a fallu le relancer pour obtenir des propositions !

… pour des coûts réduits jusqu’à 63 % !

Fonctionnelle depuis 2011, la solution retenue va assurer des gains potentiels importants, explique Frédérico Batista : « Par rapport à la “méthode des ratios” (3), encore largement utilisée, l’écart de facturation énergétique peut atteindre 63 %. Cette simulation est issue d’études faites avec l’installateur et corrélées avec le logiciel Dialux. Plusieurs facteurs permettent d’aboutir à cette performance : l’application de la norme NF EN 13201, qui assure un gain de 15 %, ainsi que les caractéristiques photométriques du revêtement, qui génèrent un gain supplémentaire de 40 %, voire 50 %. »
Une performance très élevée car la démarche mise en place aux Cettons 2 impacte aussi les coûts d’investissement, de gestion et de remplacement des lampes. Autant de gains qui devraient pousser les collectivités à faire évoluer les habitudes et renforcer la collaboration entre professionnels de la route et de l’éclairage.

(1) Devenu Grand Paris Aménagement en août 2015.
(2) Résidus provenant de la rénovation (fraisage) de la couche de roulement d’une chaussée constituée d’enrobé hydrocarboné.
(3) Méthode empirique encore largement utilisée par les collectivités locales pour obtenir des “ambiances”.

 

 


Par Gilmar S. Martins, le 13/06/2016.