Bien maîtriser les méthodologies

Le 5 juillet, lors de la journée Expertise & Construction du Centre d’études et de recherche de l’industrie du béton (CERIB), des experts d’horizons très divers (voir Liste) ont évoqué l’insertion de la filière béton dans l’économie circulaire. Un défi d’envergure – tant les schémas de production linéaire dominent encore -, mais nécessaire. De nombreuses pistes sont envisageables et certaines déjà clairement ouvertes.

L’une des plus prometteuses passe par la transformation en ressource des 17 millions de tonnes de déchets de béton annuelles. Rien d’utopique dans un tel projet, comme le prouve le Projet National RECYBETON, à condition de bien maîtriser les méthodologies. C’est ce que rappelle Patrick Rougeau, directeur de la Direction Matériaux et technologies du béton du CERIB : « Les méthodologies doivent être solides pour bien caractériser les matériaux, franchir toutes les étapes techniques et contribuer à la résolution de l’équation économique. »

Intégrer le recyclage dans la conception du bâtiment

À l’autre bout du processus, en amont, prendre en compte le démontage d’un bâtiment dès sa conception améliore la récupération de ressources, comme l’a démontré le projet Demodulor. Un paradigme dans lequel s’inscrit aussi la maquette numérique ou BIM (Building Information Model). Avec la numérisation des données, il devient possible de tracer les matériaux et ainsi de rassurer les futurs utilisateurs sur leur origine et leur performance. Combinée à un volume croissant de données disponibles (puces RFID dans le béton), la maquette numérique peut jouer un rôle majeur dans l’augmentation du taux de recyclage des matériaux, estime François-Michel Lambert, député et président de l’Institut de l’Économie circulaire : « Cela permettra de mieux connaître la disponibilité des ressources. » En réunissant tous les acteurs de la filière, le BIM peut faire émerger, en amont, des standards de construction qui faciliteront, en aval, la déconstruction et donc le recyclage des matériaux.

Un outil aussi très utile pour résoudre l’équation économique, ajoute Bruno Fradet, responsable développement de Veolia Recyclage et Valorisation : « Les matériaux recyclés sont encore trop chers. Il faut agir sur trois points clés : la conception, le tri sur le chantier et le recyclage. »

Enfin, le BIM peut aussi faire évoluer radicalement la vision du maître d’ouvrage, estime Fabrice Bonnifet, directeur développement durable de Bouygues : « Le bâtiment va devenir une “banque de matériaux”, et les matières premières réutilisables des actifs valorisables auprès des maîtres d’ouvrage. » À ses yeux, la persistance des pratiques traditionnelles ne doit pas faire illusion : « L’époque du bâtiment considéré comme un prototype est terminée. »

 

Diffuser l’information et l’innovation

Tous ces progrès potentiels exigent toutefois une large diffusion de l’information. Si le processus est déjà lancé auprès des professionnels, il reste embryonnaire dans la formation initiale, regrette François-Michel Lambert, qui a constaté l’absence totale du BIM dans les programmes des masters d’urbanisme.

De son côté, l’innovation technologique améliore le ratio ressource/performance et réduit l’empreinte environnementale, assure Iaru Zuresco, président de la Commission marché Travaux Publics de la Fédération de l’industrie du béton (FIB) : « Une même performance exige moins de matériau, ce qui réduit le poids total du bâtiment et mobilise moins de transports. » Une démarche qui requiert en parallèle une amélioration des processus de recyclage pour gérer des déchets parfois plus complexes.

 

Intégrer d’autres ressources dans la fabrication

La filière béton peut aussi contribuer à l’économie circulaire par une deuxième voie : en intégrant d’autres ressources dans sa production. Dans ce domaine, les recherches menées par le CERIB ont déjà permis de marquer des points, indique Iaru Zuresco : « La filière utilise déjà des matières premières secondaires correspondant à des coproduits industriels ou au recyclage de produits en fin de vie (copeaux de bois, caoutchouc issu des pneus, débris de miroirs, sable de fonderie…) pour fabriquer des produits en béton (écrans acoustiques, bordures, plaques de clôture, éléments pour le stockage…). Le respect des normes, les propriétés mécaniques, la durabilité et, plus globalement, les performances sont les clés du développement à venir de ces produits. » Un défi que les acteurs de la filière doivent désormais relever au plus vite.


Par Gilmar S. Martins, le 03/10/2016.