Confirmez-vous le boom actuel des toits végétalisés ?

Pierre Georgel : Plutôt que de boom, je parlerais de pleine éclosion. Avec de nouveaux usages comme l’agriculture urbaine, Il y a un vrai désir de cultiver ses propres légumes, près des lieux de consommation, que ce soit en Amérique du Nord, aux Pays-Bas, en Autriche ou en France. Beaucoup de restaurants parisiens sont déjà engagés dans cette démarche, mais il y a aussi les jardins partagés. Parmi les exemples les plus représentatifs, on peut citer l’institut Le Cordon Bleu, qui a créé un potager de 800 m². Chaque année, en France, 22 à 23 millions de m² de toitures sont étanchés. Une grande partie pourrait être transformée en toitures végétalisées. En Allemagne, entre 10 % et 15 % des toitures le sont déjà. En France, on dispose d’un potentiel annuel de 3 millions de m², alors que le marché tourne autour de 900 000 m².

 

Quels en sont les bénéfices à court, moyen et long termes ?

P. G. : Les toits végétalisés réduisent les îlots de chaleur dus à l’étanchéité croissante des villes. (Il n’y a plus de brouillard à Paris, alors qu’il se manifestait pendant une vingtaine de jours en 1910.) Ils sont un moyen d’humidifier l’air et d’améliorer la gestion des réseaux d’écoulement, car ils retiennent 80 % de l’eau de pluie et évitent ainsi les engorgements des réseaux d’assainissement. De plus, ils doublent la durée de vie des étanchéités en les protégeant des UV, jouent un rôle de tampon acoustique et font écran aux ondes des antennes relais de téléphonie mobile. Enfin, les toits végétalisés ont un effet bénéfique sur les gens. La végétalisation rend la ville plus vivante et plus agréable. Dans le XIIIe arrondissement, la Régie Immobilière de la Ville de Paris (RIVP) a constaté que la végétalisation par l’appropriation des habitants, réduisait le vandalisme.

Quelles en sont les difficultés et contraintes ? Comment s’assurer de la pérennité de la culture et de la construction à la fois ?

P. G. : La végétalisation des toitures peut être complexe en raison de la faible accessibilité des espaces à aménager, de la forte technicité des travaux et du niveau de formation des personnes qui en seront chargées. L’environnement doit être pris en compte, notamment les turbulences générées par les effets Venturi ou la réverbération des façades vitrées. Il faut aussi bien penser à la sécurité des futurs utilisateurs.

 

Quels sont les apports du béton dans ce contexte ?

P. G. : Le principal avantage du béton, c’est qu’il supporte le poids d’un grand nombre de personnes à la fois. Donc, si le nombre d’utilisateurs de la toiture végétalisée ne peut être contrôlé, le béton est l’unique option à ce jour. Il permet aussi d’irriguer les plantes par capillarité grâce aux pentes nulles, ce qui réduit la consommation d’eau jusqu’à 40 à 50 %. Et si l’étanchéité a un défaut, causant une fuite, le béton ne se déforme pas.

 

Quelles évolutions peuvent favoriser le développement de l’agriculture urbaine ?

P. G. : Les élus ont un rôle à jouer car ils peuvent encourager la végétalisation des toitures à travers les plans locaux d’urbanisme. Cependant, la taille est encore un frein : il faut au moins 1 000 m² pour arriver à l’équilibre économique. Il faudra aussi dissiper les idées reçues sur la qualité de l’air – il est beaucoup plus sain sur les toits qu’au niveau du trottoir – et puis faire entrer cette pratique dans le quotidien. Acheter ses légumes au producteur installé sur le toit doit devenir un acte agréable et évident.

 

(1) Formation d’une dépression dans une zone où les particules fluides sont accélérées, comme entre les tours d’une grande ville lorsque le vent souffle fort.

 


Par Gilmar S. Martins, le 23/01/2017.