Le béton sous toutes les formes

En relevant le niveau d’un cours d’eau pour provoquer une chute ou une réserve, les barrages créent les conditions pour exploiter l’énergie hydraulique ainsi emmagasinée. Très bien loties, la Norvège et l’Autriche parviennent à satisfaire 96 % et 64 % de leur demande en électricité grâce à cette ressource.
Avec 622 barrages, l’énergie hydraulique en France représente 19,5 % de la puissance de production installée, soit un taux supérieur au gaz (9%) et à l’éolien (8,9%). Les ouvrages sont de trois types : le barrage poids, une structure à profil triangulaire, très épaisse à sa base afin d’assurer sa stabilité ; le barrage voûte, en forme de courbe afin de reporter sur les rives la poussée des eaux retenues ; enfin, le barrage à contreforts, composé d’un mur amont, qui supporte l’eau retenue, et d’un voile d’étanchéité appuyé sur des piliers. Ces ouvrages sont en béton, un matériau particulièrement résistant à la pression mais aussi aux intempéries et facile à produire quasiment partout.
La France compte un grand nombre de spécimens ayant repoussé les limites admises. Parmi eux, trois méritent une attention particulière.

Neuf voûtes dans les Pyrénées

Dans les Hautes-Pyrénées, à 2 278 m d’altitude, le barrage de Migouëlou est ainsi le seul à arborer neuf voûtes, chacune ancrée sur deux piliers et indépendante des autres. Leur finesse n’est pas synonyme de fragilité même si le barrage bouge au gré de son remplissage.
En réalité, la solidité de l’ouvrage est proportionnelle à la pression exercée par l’eau. Inauguré en 1959 après deux ans de travaux rendus difficiles par l’absence d’accès routier, ce barrage culmine à 44 m et retient aujourd’hui 17 millions de mètres cubes d’eau. Un volume qui n’est pas apporté par les ruisseaux ou la fonte des neiges, mais puisé dans le lac de Suyen durant les heures creuses. Les eaux de Migouëlou alimentent les sept centrales du Val d’Azun avant de retourner à la nature à la hauteur d’Argeles Gazost.

128 m de haut : record du monde… en 1935

En Isère, le barrage poids voûte de Sautet est le premier en amont du Drac. Il a mobilisé plus de 1 500 ouvriers venus de toute l’Europe pour travailler sur un chantier qui s’est étendu sur cinq ans, de 1930 à 1935.
Porté par l’ingénieur Ernest Dusaugey, cet ouvrage a établi en son temps un record du monde : à son achèvement, il culminait à 128 m (dans une gorge large de 80 m seulement). Une autre caractéristique rend ce barrage unique : son usine souterraine. Il a en effet fallu creuser directement dans la roche pour libérer le volume nécessaire à son installation.

Le géant du Drac, spot de kitesurf !

Lui aussi installé sur le Drac, le barrage voûte de Monteynard dépasse celui du Sautet de presque 10 m puisqu’il atteint 135 m pour une longueur de 230 m. Construit de 1955 à 1962, il retient 275 millions de m³ d’eau et produit suffisamment d’énergie pour satisfaire les besoins de 200 000 habitants.
Plus étonnant, c’est aussi un haut lieu du tourisme en Isère. Situé à 25 min de Grenoble, le lac formé par la retenue et les passerelles qui surplombent les eaux turquoise offrent un panorama unique.
À ce premier attrait s’ajoute celui du vent, régulier, qui a conquis les fans de kitesurf de la région. Le lac est ainsi devenu un spot réputé pour les pratiquants de cette discipline.