Améliorer la gestion des ressources marines

Que faire des milliers de tonnes de coquilles Saint-Jacques, pétoncles, huîtres et autres coques pêchées chaque année au large des côtes normandes ? Après transformation par l’industrie agroalimentaire, les coquillages dépourvus de leur chair sont mis en décharge ou broyés pour amender les sols agricoles. Partant de ce constat, l’Ecole supérieure d’ingénieurs des travaux de la construction (ESITC) de Caen s’est interrogée sur la façon de mieux valoriser cette ressource locale. C’est ainsi qu’est né le projet RECIF, sélectionné dans le cadre du Programme européen de coopération transfrontalière INTERREG IV France-Angleterre et cofinancé par le FEDER. « L’objectif du projet était de recycler des coproduits coquilliers en granulats, pour produire du béton qui serait utilisé dans la fabrication de récifs artificiels supportant la biodiversité marine », explique Mohamed Boutouil, directeur de la recherche et coordinateur du projet RECIF à l’ESITC de Caen.

Fabriquer du béton avec des coquillages

Lancé en avril 2013, le projet RECIF s’est déroulé en trois phases : l’étude des matériaux et de l’impact environnemental des bétons recyclés, la production et l’installation de récifs artificiels, le suivi du processus de colonisation.

Des coquilles de pétoncles concassées et broyées ont été intégrées en éprouvettes à une matrice cimentaire, afin de caractériser les propriétés du béton. Trois types de matériaux ont alors été formulés en substituant jusqu’à 60% de granulats : des bétons ordinaires et auto-plaçants pour la structure porteuse, des bétons à surface rugueuse pour favoriser l’accroche des micro-organismes. « À ce stade, nous n’avons pas constaté d’incompatibilité au niveau de la matrice cimentaire, et les résultats des tests de porosité, de résistance et de durabilité se sont révélés favorables », mentionne Mohamed Boutouil.

 

Développer la biodiversité marine

Des parpaings fabriqués à partir de produits coquilliers ont ensuite été immergés à titre expérimental afin de suivre leur colonisation. « Dès les premières semaines, des algues sont venues s’accrocher, puis des micro-organismes, avant l’arrivée de crabes et de crevettes autour des blocs », constate Mohamed Boutouil.

A plus grande échelle, en 2015, le projet RECIF a abouti à l’immersion, au large de Cherbourg, de 12 modules destinés à compenser la suppression d’une partie de la digue où des pêcheurs avaient l’habitude de mouiller leurs casiers. Un suivi environnemental est prévu sur cinq ans, avant l’installation de nouveaux récifs au pied d’éoliennes marines en baie de Seine. « La prochaine étape consistera à développer l’ingénierie des bétons afin de cibler des espèces présentant un intérêt pour la pêche commerciale », conclut Mohamed Boutouil.


Par Eric Gautier, le 05/01/2017.