Pont-Louis-Vicat
© Vicat

Un ouvrage solide contre les crues torrentielles

Situé à la hauteur de Souillac, dans le Lot, le pont Louis-Vicat enjambe la Dordogne sur 180 mètres de long. Commencée il y a 200 ans, son histoire est intimement liée à celle du développement économique de la région – puisque le pont a fluidifié l’axe Paris-Toulouse-Espagne –, mais aussi à celle du ciment. Il s’agit là en effet du premier ouvrage à avoir été bâti avec du ciment artificiel, invention que l’on doit à l’ingénieur Louis Vicat (1786-1861).

Lorsque celui-ci, polytechnicien et jeune ingénieur des Ponts et Chaussées, se voit confier en 1812 la construction d’un pont sur la Dordogne, il lui faut imaginer un ouvrage à la fois robuste (la rivière est sensible aux crues torrentielles), et à faible coût.

L’invention du ciment artificiel

Les travaux commencent la même année. Mais très vite, les techniques de l’époque vont se révéler inadaptées face aux contraintes rencontrées au fond de la rivière. Et l’argent vient à manquer en raison des guerres napoléoniennes. Le chantier à l’arrêt, Louis Vicat en profite pour réfléchir à un nouveau matériau, susceptible de rendre les piles suffisamment résistantes. En 1817, après plusieurs années d’expérimentation, il formule les principes de l’hydraulicité des chaux et ciments qui vont permettre la fabrication du ciment artificiel, réalisé à base d’argile et de calcaire broyés et cuits.
Outre sa capacité à durcir sous l’eau, ce matériau réalisé artificiellement permet de se libérer des contraintes géologiques. Après une première publication en 1817 (Recherches expérimentales sur les chaux de construction, les bétons et les mortiers ordinaires) dans les Annales de chimie où il présente ses découvertes, il les valide l’année suivante devant l’Académie royale des Sciences. Il ne déposera pas de brevet s’estimant redevable à la collectivité de son parcours académique et scientifique. Les travaux du pont de Souillac vont reprendre de plus belle, et c’est sur le principe de la chaux hydraulique artificielle que les fondations vont être réalisées. Le pont sera achevé en 1824.
Pendant près de 200 ans, le pont a résisté aux caprices de la Dordogne. Mais le temps a fini par détériorer l’ouvrage, conduisant le Conseil départemental du Lot à entreprendre d’importants travaux de rénovation entre 2013 et 2015. Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est sa valeur symbolique : il marque la naissance d’un matériau hors-pair, qui a révolutionné – et révolutionne encore – la pratique de l’architecture.

 


Par Charles Legueltel, le 10/07/2017.