Christian Roux, comment la villa Roux est-elle née ?

Nous avons découvert l’habitologie et les bulles de l’architecte Antti Lovag dans les années 1970. Ses recherches se nourrissaient d’une triple formation en architecture navale, construction métallique et urbanisme.

En 1980, il avait déjà réalisé de grands chantiers, comme la maison Gaudet, et achevait les deux villas de l’industriel Bernard à Théoule-sur-Mer. Parmi celles-ci : le palais bulle racheté par Pierre Cardin en 1992. Habitué aux exigences d’une clientèle fortunée, Lovag considérait notre chantier de Fontaines-sur-Saône, avec ses 160 m2 habitables, comme un projet type de maison familiale. Il disait « Votre maison est ma maison ».

 

Quel est le principe de construction d’une maison bulle ?

Le principe de construction est simple. Sur une ossature métallique et un grillage qui forment les coques, sont projetés deux voiles de béton. Le premier, intérieur, est un béton porteur très “ferraillé” ; le voile extérieur, plus léger, est un enduit lissé.

Entre ces deux couches on injecte un isolant thermique : du béton contenant un granulat léger en billes de polystyrène (200 kg/m3, contre 500 kg/m3 pour un béton cellulaire classique). La forme coque est donc économique en matériaux et en chauffage.

 

Comment le chantier de votre villa s’est-il déroulé ?

La construction s’est étalée de 1984 à 1991. Beaucoup de chantiers bulles sont menés en auto-construction, mais Lovag préférait travailler avec ses équipes de professionnels.

Après les ouvrages de terrassement et le soubassement en béton, le ferraillage à lui seul a duré un an. Tous les aménagements intérieurs ont été réalisés sur mesure. Chauffée par le sol et parfaitement isolée, notre maison vieillit bien : pas une fissure sur le voile de béton qui est d’une stabilité parfaite.

 

Selon vous, quel avenir prédire au mouvement des maisons bulles ?

La numérisation annonce une révolution des formes. Logiciels et imprimantes 3D rendent possibles de nouvelles sortes de constructions. La startup XtreeE a mis au point un robot dont la tête équipée d’une buse dépose, millimètre par millimètre, un béton fibré à ultra-hautes performances. Une coque est “imprimée” en 20 heures.

Aujourd’hui, Numa Lovag continue l’œuvre de son père et développe la technique de la projection sur moule qui permet de faire rapidement une maison. Même si les maisons bulles sont rares, elles continuent à faire rêver et ces progrès techniques pourraient contribuer à leur essor.

 


Par Laurent Joyeux, le 10/05/2017.